Préface
La voix
L'émotivité
La fratrie
La vulnérabilité
Être adulte
Écris ma voix
Le temps
Livre
PRÉFACE “ Ils disent comme ils sont. « Ça sort comme on peut, ça crache, ça postillonne ». Mais quelle poésie, quelle alchimie! ce qu’ils disent, ce qu’ils crient enfin, ce qu’ils ont écrit, là ! Ce sont les paralympiques du langage, de la langue! “ PRÉAMBULE

L’infirmité Motrice Cérébrale (IMC), à laquelle s’associent souvent des troubles de l’élocution, reste encore très méconnue dans la société et cette méconnaissance demeure, malgré la médiatisation du philosophe Alexandre Jollien.

Même après des années... La difficulté d’expression est telle que, la plupart du temps, il n’y a pas de réelle expression ; c’est pour pallier cette habitude de « non-dit » que notre groupe de réflexion éthique s’est donné le temps de gestation indispensable et l’aide nécessaire à l’écriture et à la communication pour poser quatre regards sur la vie.

LA VOIX

Je me souviens de ma voix,

Je me souviens d’un cri sourd et douloureux.

Il y a longtemps, presqu’après ma naissance, même avant.

Ce cri que font les bébés en découvrant le monde.

Ce cri, qui n’a pas été entendu avant qu’on le provoque grâce à la colère de mon Père contre les médecins qui m’avaient déjà mis de côté de ce monde.

Ce cri sourd résonne encore en moi comme l’écho du big-bang qu’on arrive à entendre avec des télescopes super puissants.

L'ÉMOTIVITÉ

L’émotivité étant (je crois) un reflet de l’âme se manifestant (aussi bien dans les peines que dans les joies) avec plus ou moins d’ardeurs selon les individus, je me penche naturellement sur ces deux aspects.

LA FRATRIE

À toi qui es arrivée au monde avant moi, tu m’as découvert avec ma différence. Nous étions dans la même chambre, avec les mêmes délires, les mêmes peurs, les mêmes histoires racontées.

Je me souviens des après-midis entiers où nous étions tout seuls. Moi, allongé par terre en train de gigoter soit parce que j’étais excité ou énervé et toi en train d’adapter un jeu auquel on pouvait jouer ensemble.

Le temps passait.

Papa nous a quittés en pleine adolescence.

Et voilà nos disputes et nos après-midis dans le parc de Nanterre avec nos potes.

Avec le temps, tu as gommé mon handicap et un jour tu m’as demandé d’enlever mes pneus avant d’entrer.

LA VULNÉRABILITÉ

Il est vrai qu’aujourd’hui je reste une personne dite vulnérable aux yeux de mes semblables, néanmoins j’arrive dans la majorité du temps à passer au-dessus et même en « déconner ».

Néanmoins, ou en plus, tout au fond de moi l’humiliation persiste et me blesse toujours un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais pas du tout.

ÊTRE ADULTE

Devant mon miroir imaginaire, je vois un bonhomme un peu tordu qui bouge, avec un drôle d’accent...

Il est debout ou assis et même, par moments, allongé. Il aime, il est aimé, il rit et il fait rire.

C’est un homme à roulettes, c’est un fils à roulettes, un frère à roulettes, un amant à roulettes

et même un tonton à roulettes.

C’est un adulte à roulettes qui avance dans la vie.

Il prend des virages de décisions et il s’arrête quand il y a un stop de doutes. Il y a des moments

où il accélère de bonheur et il y a des moments où il ralentit de tristesse. Il lui arrive de

s’arrêter sur une aire de tendresse mais le bonhomme à roulettes ne s’arrête jamais...

BONHEUR Baroudeuse Originale Nouée Hilarante Existence Utopique Rationnelle LE TEMPS